Qu’est-ce que la loi Le Meur et pourquoi ça change tout ?
Le contexte : Airbnb, pression sur le logement et réaction du législateur
En dix ans, le nombre de meublés de tourisme en France a explosé pour dépasser 1,2 million de logements. Dans les grandes villes et les zones touristiques, cette prolifération a réduit mécaniquement l’offre de logements disponibles pour les résidents permanents, faisant grimper les loyers et alimentant une crise du logement durable.
Face à cette réalité, le Parlement a adopté la loi n°2024-1039 du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur (du nom de la députée Annaïg Le Meur, rapporteure du texte). Son objectif : rééquilibrer le marché en renforçant l’encadrement des locations de courte durée, sans pour autant interdire une pratique qui représente un revenu complémentaire légitime pour des millions de propriétaires.
Ce que la loi modifie concrètement par rapport à l’ancien régime

Avant la loi Le Meur, le paysage réglementaire était fragmenté. Certaines communes avaient mis en place une procédure d’enregistrement locale, d’autres se contentaient d’une simple déclaration, et beaucoup n’imposaient rien du tout.
La loi Le Meur met fin à cette disparité en posant trois principes nouveaux :
- L’enregistrement devient universel : toutes les communes seront soumises à la même obligation, via un téléservice national unique.
- Les copropriétés sont directement impliquées : tout copropriétaire louant en meublé de tourisme doit en informer le syndic ; les nouveaux règlements de copropriété doivent mentionner explicitement l’autorisation ou l’interdiction de cette activité.
- Les plateformes deviennent coresponsables : Airbnb, Booking et leurs concurrents ont l’obligation de bloquer les annonces sans numéro d’enregistrement valide.
| Ce qui existait avant | Ce que la loi Le Meur instaure |
|---|---|
| Déclaration obligatoire uniquement dans certaines communes | Enregistrement obligatoire dans toutes les communes (dès ouverture du téléservice national) |
| Numéro d’enregistrement local (variable selon les villes) | Numéro national unique à 13 caractères |
| Plateformes peu sanctionnées | Obligation de retrait des annonces non conformes |
| Copropriété non informée | Information obligatoire du syndic |
Qui est concerné par l’obligation d’enregistrement ?
Résidence principale vs résidence secondaire : deux régimes distincts
La nature du logement loué est le premier critère de différenciation. La loi distingue clairement deux situations.
Si vous louez votre résidence principale (le logement que vous occupez au moins 8 mois par an), vous êtes soumis à une limite de 120 nuits par an. Au-delà, la location est interdite sauf exception (obligation professionnelle, raison de santé, force majeure). Cette règle s’applique dans les communes ayant mis en place la procédure d’enregistrement.
Si vous louez une résidence secondaire, la limite des 120 nuits ne s’applique pas, mais les obligations de déclaration et d’enregistrement sont identiques, voire plus contraignantes dans les zones tendues, où une autorisation de changement d’usage peut être exigée en plus.
Meublé classé vs meublé non classé : des avantages fiscaux, pas d’exemption
Le classement (de 1 à 5 étoiles, délivré par un organisme accrédité Atout France) est une démarche volontaire. Il n’exonère pas de l’obligation de déclaration en mairie des meublés de tourisme, mais il ouvre droit à des avantages fiscaux significatifs :
- Abattement de 50 % sur les revenus au régime micro-BIC pour un meublé classé (contre 30 % pour un non classé).
- Plafond de chiffre d’affaires plus élevé pour rester au régime micro-BIC.
| Profil | Déclaration obligatoire ? | Limite de nuits | Avantage fiscal |
|---|---|---|---|
| Résidence principale, non classé | Oui | 120 nuits/an | Abattement 30 % |
| Résidence principale, classé | Oui | 120 nuits/an | Abattement 50 % |
| Résidence secondaire, non classé | Oui | Aucune limite | Abattement 30 % |
| Résidence secondaire, classé | Oui | Aucune limite | Abattement 50 % |
À retenir : que votre bien soit classé ou non, la déclaration meublé de tourisme non professionnel reste obligatoire dans tous les cas.
Comment obtenir son numéro d’enregistrement ? (étapes)
Étape 1 – La déclaration en mairie via le formulaire Cerfa n°14004

En attendant l’ouverture du téléservice national (prévue au quatrième trimestre 2026), la déclaration d’une location saisonnière s’effectue auprès de la mairie de la commune où se situe le bien.
Le document officiel est le formulaire Cerfa n°14004 (version 04 en vigueur).
Il recueille :
- L’identité et les coordonnées du loueur ;
- L’adresse exacte du meublé ;
- Le nombre de pièces et de lits ;
- Les périodes prévisionnelles de location ;
- Le statut du logement (résidence principale ou secondaire) ;
- Le niveau de classement éventuel.
La déclaration doit être envoyée à la mairie par tout moyen permettant d’obtenir un accusé de réception (courrier recommandé, dépôt en main propre contre récépissé, ou téléservice communal si disponible).
Télécharger le Cerfa n°14004 : formulaires.service-public.gouv.fr
Étape 2 – La téléprocédure via la plateforme nationale (à partir du T4 2026)
La loi Le Meur prévoit la création d’un registre national des meublés de tourisme, géré via un téléservice centralisé. Ce portail remplacera définitivement la déclaration en mairie.
Concrètement, le propriétaire remplira un formulaire en ligne, et le système délivrera automatiquement un numéro d’enregistrement à 13 caractères, qui sera inscrit dans le registre national.
Point de vigilance pour les propriétaires déjà enregistrés : si vous disposez d’un numéro délivré par votre commune, vous aurez un délai de plusieurs mois après l’ouverture du téléservice pour le renouveler. Passé ce délai, l’ancien numéro deviendra invalide.
Étape 3 – Le récépissé et le délai d’obtention
Lors de la déclaration en mairie, un récépissé est remis au loueur. Dans les communes ayant mis en place la procédure d’enregistrement, ce récépissé contient le numéro d’enregistrement location saisonnière à 13 caractères.
Le délai d’obtention est généralement immédiat ou de quelques jours pour les communes dotées d’un téléservice. Pour les déclarations papier, comptez le délai postal plus le traitement administratif.
Où et comment afficher son numéro d’enregistrement ?
L’obligation d’affichage sur toutes les plateformes
Dès lors que votre commune impose l’enregistrement, le numéro d’enregistrement meublé de tourisme doit figurer sur chaque annonce de location, quelle que soit la plateforme utilisée : Airbnb, Booking.com, Leboncoin, Abritel ou tout autre intermédiaire.
Cette obligation s’applique dès la première publication de l’annonce. Il n’existe pas de période de grâce une fois l’enregistrement obligatoire dans votre commune.
La déclaration d’un Airbnb en mairie : un lien direct entre les deux systèmes
La déclaration en mairie est souvent mal comprise. Airbnb ne se substitue pas à la mairie : la déclaration auprès de la commune reste une démarche que le propriétaire effectue lui-même. Airbnb se contente de collecter le numéro que vous avez obtenu et de l’afficher sur votre annonce.
En pratique, lors de la création ou de la mise à jour d’une annonce sur Airbnb ou Booking, une case dédiée vous demande de saisir votre numéro d’enregistrement. Si vous ne le renseignez pas dans les communes concernées, votre annonce peut être bloquée.
La responsabilité des plateformes : vérification automatique
La loi Le Meur a durci les obligations des plateformes.
Elles doivent désormais :
- Vérifier la présence du numéro sur chaque annonce dans les communes concernées ;
- Déconnecter automatiquement les annonces sans numéro valide ;
- Bloquer les annonces qui dépassent le seuil de 120 nuits pour une résidence principale.
Les plateformes qui ne respectent pas ces obligations s’exposent elles-mêmes à des sanctions.
Quelles sanctions en cas de non-respect ?
Les amendes encourues par le propriétaire

La loi Le Meur a considérablement renforcé l’arsenal répressif. Voici les montants à retenir :
| Infraction | Amende maximale |
|---|---|
| Absence de déclaration simple en mairie | 450 € |
| Absence de numéro d’enregistrement (communes concernées) | 10 000 € |
| Fausse déclaration ou usage d’un faux numéro | 20 000 € |
| Dépassement du seuil de 120 nuits (résidence principale) | 10 000 € |
| Changement d’usage non autorisé (zones tendues) | Jusqu’à 50 000 € par logement + astreinte de 1 000 €/jour/m² |
Ces amendes sont de nature civile et peuvent être prononcées par le tribunal judiciaire à la demande de la commune ou du préfet.
Le retrait de l’annonce par la plateforme
Au-delà des amendes, la sanction la plus immédiate pour un propriétaire Airbnb ou Booking est le retrait automatique de son annonce. Sans numéro d’enregistrement valide, la plateforme est tenue de dépublier le logement, ce qui entraîne une perte directe de revenus locatifs.
Cas particuliers
Paris et les communes en zone tendue : l’autorisation de changement d’usage
À Paris, dans les communes de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne) et dans toutes les communes de plus de 200 000 habitants, louer un logement en meublé de tourisme constitue juridiquement un changement d’usage. Ce changement d’usage nécessite une autorisation préalable du maire, en plus de la déclaration en mairie des meublés de tourisme.
La loi Le Meur a étendu ce mécanisme : désormais, les communes de plus de 50 000 habitants en zone tendue peuvent instaurer cette procédure par simple délibération du conseil municipal, sans autorisation préfectorale préalable.
Cas de la résidence principale à Paris : si vous louez votre résidence principale, vous êtes exempté de l’autorisation de changement d’usage, mais vous restez soumis à la limite des 120 nuits et à l’obligation d’enregistrement.
Copropriété : l’accord du règlement est-il requis ?

Oui, et la loi Le Meur a renforcé ce point. Avant de publier une annonce, vous devez vérifier que le règlement de copropriété n’interdit pas la location touristique. Cette restriction est fréquente dans les immeubles à usage exclusivement bourgeois.
Depuis le 21 novembre 2024, les nouveaux règlements de copropriété doivent mentionner explicitement si la location en meublé de tourisme est autorisée ou interdite. En l’absence de mention, l’activité peut être considérée comme interdite selon les commentaires juridiques les plus récents.
Par ailleurs, tout copropriétaire qui se déclare loueur de meublé de tourisme doit en informer le syndic par écrit. Cette obligation nouvelle vise à permettre à la copropriété de gérer les éventuels conflits d’usage.
Location saisonnière sans classement : aucune exemption
Une idée reçue circule : les meublés non classés seraient moins soumis aux obligations réglementaires. C’est faux. La déclaration meublé de tourisme non professionnel et l’obligation d’enregistrement s’appliquent indépendamment du classement. Le classement n’est qu’une démarche fiscalement avantageuse, pas un régime dérogatoire aux règles d’enregistrement.

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