Une Société Civile Immobilière (SCI) est une structure juridique permettant à plusieurs personnes de détenir et gérer un patrimoine immobilier en commun. Elle n’est pas une société commerciale : son objet est civil, et sa fiscalité dépend du régime d’imposition choisi.

Les deux régimes fiscaux

SCI à l’IR (impôt sur le revenu) C’est le régime par défaut. Les bénéfices sont imposés directement entre les mains des associés, proportionnellement à leurs parts, dans la catégorie des revenus fonciers. La SCI est dite « transparente » fiscalement.

SCI à l’IS (impôt sur les sociétés) L’option est irrévocable une fois exercée. La SCI est traitée comme une société opaque : elle paie l’IS sur son résultat (taux normal de 25 % en 2025), et les associés ne sont imposés que s’ils perçoivent des dividendes.

Le principe de déduction des charges

À l’IR, la déduction obéit à une liste limitative fixée par l’article 31 du CGI. Hors de cette liste, aucune charge n’est déductible, même si elle est réelle et justifiée.

À l’IS, c’est le principe général de l’article 39 du CGI qui s’applique : toute charge engagée dans l’intérêt de la société, à condition d’être certaine, comptabilisée et justifiée, est déductible.

Les charges déductibles d’une SCI à l’IR – liste complète par catégorie

1. Travaux d’entretien et de réparation

Ce sont les travaux qui maintiennent ou remettent en état l’immeuble sans en modifier la consistance, l’agencement ou l’équipement initial.

Exemples concrets : remise en état d’une toiture, remplacement d’une chaudière vétuste, réfection d’une installation électrique, ravalement de façade, réparation d’une canalisation.

Règle clé : les travaux de construction, reconstruction ou agrandissement ne sont jamais déductibles à l’IR. Ils augmentent la valeur du bien et constituent une immobilisation.

2. Travaux d’amélioration

Ils visent à installer un équipement ou un élément de confort nouveau ou mieux adapté aux conditions modernes de vie, sans modifier la structure de l’immeuble.

Exemples : installation du chauffage central, création d’une salle d’eau, raccordement au tout-à-l’égout, pose d’un ascenseur.

Attention : pour les locaux à usage professionnel ou commercial, les travaux d’amélioration ne sont déductibles que s’ils facilitent l’accueil des personnes handicapées ou protègent les locaux contre l’amiante.

3. Frais d’administration et de gestion

L’article 31 du CGI distingue quatre catégories (BOI-RFPI-BASE-20-10) :

CatégorieDéduction
Rémunération des gardes et conciergesMontant réel
Honoraires, commissions versés à un tiers (agence, administrateur de biens, comptable, avocat)Montant réel
Frais de procédure (litiges avec locataires, entrepreneurs)Montant réel
Autres frais de gestion (correspondance, téléphone, déplacements, matériel informatique)Forfait de 20 € par local

Les commissions versées à une agence pour la recherche d’un locataire ou la rédaction du bail sont donc déductibles pour leur montant réel. En revanche, les frais versés à un tiers pour l’acquisition ou la cession du bien ne le sont pas.

4. Charges récupérables non récupérées

Les charges qui incombent normalement au locataire (charges locatives) mais que la SCI a supportées sans pouvoir en obtenir le remboursement au 31 décembre de l’année de départ du locataire sont déductibles.

C’est une déduction de régularisation : elle s’applique à la fin du bail, pas en cours de location.

5. Provisions pour charges de copropriété

Les provisions versées au syndic dans le cadre du budget prévisionnel sont déductibles l’année de leur paiement. Une régularisation est obligatoire l’année suivante : les charges réellement non déductibles (travaux de construction, par exemple) doivent être réintégrées.

6. Indemnités d’éviction et frais de relogement

Ces dépenses sont déductibles à condition que l’éviction vise à relouer le bien dans de meilleures conditions (loyer supérieur, travaux d’amélioration). Elles ne le sont pas si les locaux sont repris pour un usage personnel ou pour une vente libre (BOI-RFPI-BASE-20-20).

7. Impôts et taxes

  • Taxe foncière : déductible en totalité.
  • Taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) : non déductible si elle est récupérée auprès du locataire. Déductible si la SCI la supporte effectivement.
  • Contribution sur les revenus locatifs (CRL) : déductible.

La taxe d’habitation n’est pas déductible (elle incombe au locataire ou n’est plus applicable selon les situations).

8. Primes d’assurance

Toutes les primes d’assurance liées à l’immeuble sont déductibles : assurance multirisque immeuble (MRI), propriétaire non-occupant (PNO), responsabilité civile propriétaire, assurance loyers impayés (GLI).

9. Intérêts d’emprunt et frais financiers

C’est souvent le poste le plus important. Sont déductibles :

  • Les intérêts des emprunts contractés pour l’acquisition, la construction, la réparation, l’amélioration ou la conservation de l’immeuble.
  • Les frais d’emprunt : frais de dossier, frais de garantie (hypothèque, caution), frais de courtage, frais d’inscription hypothécaire.

Point de vigilance : les intérêts d’emprunt ne peuvent jamais être imputés sur le revenu global en cas de déficit. Ils s’imputent uniquement sur les revenus fonciers, et l’excédent est reportable 10 ans.

Ce qui n’est pas déductible à l’IR

  • Frais de notaire, droits de mutation et frais d’agence liés à l’achat du bien.
  • Travaux de construction, reconstruction ou agrandissement.
  • Amortissement du bien immobilier.
  • Charges récupérables auprès du locataire (loyers de charges).
  • Dépenses personnelles des associés.
  • Frais bancaires courants (tenue de compte, virements).

Charges déductibles d’une SCI à l’IS – les différences clés

À l’IS, la liste limitative de l’article 31 du CGI ne s’applique pas. La SCI déduit toutes les charges engagées dans son intérêt, selon les règles du droit commun des sociétés.

L’amortissement : l’avantage majeur de l’IS

C’est la charge sans décaissement qui distingue fondamentalement les deux régimes. La SCI à l’IS peut amortir le bien immobilier selon la méthode par composants (BOI-BIC-AMT-10-40-10) :

ComposantDurée d’amortissementTaux linéaire
Gros œuvre (fondations, murs porteurs)80 ans1,25 %
Toiture (charpente, couverture)35 ans2,86 %
Réseaux (électricité, plomberie, chauffage)30 ans3,33 %
Étanchéité (fenêtres, portes, ravalement)15 ans6,67 %
Aménagements intérieurs (cloisons, revêtements)15 ans6,67 %

Le terrain n’est jamais amortissable. L’amortissement réduit mécaniquement le résultat imposable chaque année, souvent jusqu’à zéro, sans aucune sortie de trésorerie.

Frais de notaire et frais d’agence à l’achat

À l’IS, les frais d’acquisition (droits de mutation, émoluments du notaire, commission d’agence) sont déductibles selon deux options :

  • Déduction immédiate en charges l’année d’acquisition.
  • Immobilisation et amortissement sur la durée de vie du bien (option comptable, art. 38 quinquies de l’annexe III au CGI).

C’est un avantage considérable par rapport à l’IR, où ces frais – souvent 7 à 8 % du prix d’achat – ne sont jamais déductibles.

Rémunération du gérant

À l’IS, la rémunération versée au gérant associé est déductible du résultat de la société (sous réserve qu’elle soit réelle et non excessive). À l’IR, cette rémunération n’est pas déductible : elle est simplement répartie entre les associés.

Conditions communes de déduction à l’IS

Toute charge doit être :

  1. Engagée dans l’intérêt de la société (et non dans l’intérêt personnel d’un associé).
  2. Comptabilisée dans l’exercice auquel elle se rattache.
  3. Justifiée par une facture ou un document probant.
  4. Non expressément exclue par la loi (ex. : amendes et pénalités fiscales).

Nuances et pièges à connaître

La distinction travaux déductibles / travaux non déductibles à l’IR

C’est le terrain de contentieux le plus fréquent. L’administration fiscale et les tribunaux apprécient la nature des travaux au cas par cas. Quelques repères :

  • Remplacement à l’identique → réparation déductible.
  • Amélioration sans modification de structure → déductible (ex. : installation d’une VMC, isolation des combles).
  • Surélévation, extension, création de pièce supplémentaire → construction non déductible.
  • Transformation d’un local commercial en habitation → reconstruction, non déductible.

En cas de doute, conservez les devis et factures détaillés : c’est votre seule protection en cas de contrôle.

Le régime réel est obligatoire

À l’IR, la déduction des charges n’est possible qu’au régime réel d’imposition. Le micro-foncier (abattement forfaitaire de 30 %) ne permet aucune déduction de charge réelle. Une SCI dont les recettes brutes dépassent 15 000 € par an est automatiquement au régime réel.

La condition de location effective

Les charges ne sont déductibles que si le bien est effectivement mis en location ou en cours de mise en location. Un bien réservé à l’usage personnel des associés ne génère aucune charge déductible.

Les limites honnêtes : ce que la déduction ne couvre pas

Le plafond du déficit foncier à l’IR

Quand les charges déductibles dépassent les loyers perçus, la SCI génère un déficit foncier. Ce déficit est imputable sur le revenu global des associés, mais dans une limite stricte :

SituationPlafond annuel
Régime de droit commun10 700 € par associé (au prorata des parts)
Travaux de rénovation énergétique sur passoire thermique (DPE E, F ou G → D ou mieux), travaux lancés entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2025, payés avant le 31 décembre 202721 400 €

Ce que le plafond ne couvre pas :

  • La fraction du déficit issue des intérêts d’emprunt n’est jamais imputable sur le revenu global.
  • La fraction excédant le plafond est reportable sur les revenus fonciers des 10 années suivantes, pas sur le revenu global.
  • Si la SCI vend le bien dans les 3 ans suivant l’imputation du déficit sur le revenu global, la déduction est remise en cause (sauf exceptions).

À l’IS : l’impôt à la sortie

L’IS offre une fiscalité courante avantageuse grâce à l’amortissement. Mais à la revente, la note est salée :

  • La plus-value est calculée sur la valeur nette comptable (après amortissements), ce qui gonfle mécaniquement la plus-value imposable.
  • Aucun abattement pour durée de détention (contrairement à l’IR).
  • Double imposition potentielle : IS sur la plus-value au niveau de la société, puis PFU (30 %) sur les dividendes distribués aux associés.

Ce mécanisme peut représenter une imposition effective de 40 à 50 % de la plus-value à la sortie. C’est le revers de la médaille de l’amortissement.

Tableau comparatif SCI à l’IR vs SCI à l’IS

CritèreSCI à l’IRSCI à l’IS
Charges déductiblesListe limitative (art. 31 CGI)Toutes charges d’exploitation (art. 39 CGI)
Amortissement du bien❌ Interdit✅ Obligatoire (méthode par composants)
Frais de notaire / agence à l’achat❌ Non déductibles✅ Déductibles (immédiatement ou amortis)
Rémunération du gérant❌ Non déductible✅ Déductible (si réelle et non excessive)
Intérêts d’emprunt✅ Déductibles (revenus fonciers uniquement)✅ Déductibles
Déficit foncierImputable sur revenu global (plafond 10 700 €/an)Report illimité sur bénéfices futurs de la société
Imposition couranteBarème IR + prélèvements sociaux (17,2 %)IS à 25 % (taux réduit 15 % sous conditions)
Plus-value à la reventeRégime des plus-values immobilières (abattements pour durée de détention)Régime des plus-values professionnelles (pas d’abattement)
Formulaire de déclaration2072 (SCI) + 2044 (associés)Liasse fiscale IS (2065 et annexes)