Vous venez d’emménager, vous avez perdu vos clés ou vous avez subi un cambriolage : la question du changement de serrure en location se pose tôt ou tard à chacun. Qui peut décider ? Qui paie ? Faut-il prévenir le propriétaire ? Voici un point complet sur vos droits et vos obligations en matière de serrurerie locative, textes de loi à l’appui.
La jouissance paisible et droit à la sécurité

La jouissance paisible signifie que le locataire peut utiliser le logement sans subir d’intrusion ni de pression du propriétaire. Ce droit protège la vie privée et avec la protection constitutionnelle du domicile.
Le propriétaire ne peut pas entrer dans le logement sans l’accord du locataire. Cette règle s’applique même s’il détient un double des clés. Renforcer la sécurité de la porte d’entrée, par exemple en changeant la serrure, en posant un cylindre certifié ou en ajoutant un verrou, est une conséquence naturelle de ce droit. Le propriétaire ne peut pas imposer son propre serrurier pour un changement décidé par le locataire.
Exemples où ce droit entre en jeu :
- Emménagement dans un logement dont les clés ont pu circuler auprès d’anciens occupants ou prestataires.
- Voisinage conflictuel ou situation de harcèlement justifiant un renforcement de la sécurité.
- Clés diffusées à des tiers (ancien conjoint, ex-colocataire, gardien non autorisé).
- Perte ou vol de clés rendant le logement vulnérable.
Obligation de restitution du logement en fin de bail
Le locataire doit restituer le logement dans l’état où il l’a reçu, hors vétusté normale. Cela concerne aussi la serrure et les clés.
Si le locataire change la serrure en cours de bail, il doit remettre la serrure d’origine ou un dispositif équivalent lors de l’état des lieux de sortie. Le non-respect de cette obligation de remise en état peut entraîner une retenue sur le dépôt de garantie, correspondant au coût du remplacement de la serrure par un professionnel.
L’état des lieux d’entrée est déterminant : il mentionne le type de porte, la serrure en place et le nombre de clés remises. Restituer toutes les clés d’origine est essentiel lors de l’état des lieux de sortie, même si une nouvelle serrure a été posée entre-temps.
Checklist de fin de bail pour la serrure :
- Conserver l’ancienne serrure dans une enveloppe étiquetée pendant toute la durée du bail.
- Vérifier que toutes les clés d’origine fonctionnent encore.
- Tester la fermeture et l’ouverture de la porte d’entrée.
- Remonter la serrure initiale si le propriétaire l’exige.
- Remettre l’intégralité du trousseau mentionné sur le bail.
Changement de serrure : simple aménagement ou transformation du logement ?
La distinction entre aménagement réversible et transformation est au cœur de la question. Elle détermine si le locataire peut agir seul ou doit obtenir un accord écrit du propriétaire.
Aménagement réversible : remplacement du cylindre ou de la serrure par un modèle équivalent, sans percer ni modifier la porte. Le changement doit être réversible pour la restitution.
Transformation : ajout d’une serrure multipoints nécessitant un perçage du chant de la porte, blindage soudé, modification du dormant, remplacement complet de la porte d’entrée, installation d’un système électronique encastré nécessitant câblage.
Ce que vous pouvez faire sans accord :
- Remplacer un barillet par un barillet de même dimension.
- Installer une plaque de propreté anti-arrachage (sans perçage majeur).
- Ajouter un verrou simple de sécurité, posé en applique sur la porte existante.
- Remplacer un pêne dormant usé par un modèle identique.
Ce qui exige un accord écrit du propriétaire :
- Pose d’une serrure 3 ou 5 points encastrée nécessitant découpe du chant.
- Blindage métallique soudé ou vissé de manière permanente.
- Remplacement de la porte palière par un bloc-porte blindé.
- Installation d’un système de serrure connectée nécessitant alimentation électrique dans le bâti.
Le locataire peut-il changer la serrure sans l’accord du propriétaire ?

Le locataire peut changer la serrure sans autorisation du propriétaire dès lors qu’il s’agit d’un aménagement réversible, comme décrit ci-dessus. C’est un droit qui découle directement de la jouissance paisible du logement.
En revanche, toute modification structurelle de la porte d’entrée nécessite un accord écrit du propriétaire. Sans cet accord, le bailleur peut exiger la remise en état à la fin du bail, aux frais du locataire.
Bonnes pratiques pour éviter tout litige :
- Conserver l’ancienne serrure et toutes les clés d’origine dans un carton identifié, jusqu’à la restitution.
- Conserver la facture et le devis du serrurier ou du matériel acheté.
- Envoyer un mail daté au bailleur pour l’informer du changement, même si la loi ne l’impose pas formellement. Le locataire doit informer le propriétaire en cas de changement de serrure : c’est une précaution qui évite les malentendus.
- Prendre des photos avant et après l’intervention.
Risques en cas de non-respect : demande de remise en état, retenue sur le dépôt de garantie, voire action en responsabilité du bailleur devant le tribunal.
Le propriétaire peut-il exiger un double des clés après un changement de serrure ?
Aucun texte de loi n’impose au locataire de remettre un double de la nouvelle clé au propriétaire en cours de bail. Aucune disposition légale n’oblige le locataire à accepter un système de serrure imposé par le bailleur ni à remettre un double de clés.
L’inviolabilité du domicile, protégée par le code civil et le code pénal, interdit au bailleur d’entrer dans les lieux sans l’accord exprès du locataire, même s’il possède un double. Toute entrée non autorisée peut constituer une violation de domicile.
Droits du locataire :
- Refuser de remettre un double permanent au propriétaire bailleur.
- Exiger d’être prévenu avant toute visite.
Droits du propriétaire :
- Demander un accès pour des visites encadrées (vente, relocation, travaux votés en copropriété).
- Solliciter un créneau raisonnable, en accord avec le locataire.
Bonnes pratiques de communication :
- Proposer une remise ponctuelle du trousseau pour une visite programmée, en présence du locataire ou d’un proche.
- Mettre par écrit toute remise de clé, en précisant l’usage et la durée.
Qui paie le changement de serrure : locataire ou propriétaire ?

Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 classe l’entretien courant des serrures parmi les réparations locatives à la charge du locataire : graissage, remplacement de petites pièces, clés égarées.
Voici la répartition selon chaque situation :
| Situation | Qui paie ? |
|---|---|
| Perte ou vol de clés | Locataire |
| Clé cassée par maladresse | Locataire |
| Changement pour convenance personnelle (sécurité, confort) | Locataire |
| Serrure vétuste ou défectueuse sans faute du locataire | Propriétaire |
| Effraction ou tentative de cambriolage | Propriétaire (+ assurance éventuelle) |
| Usure normale du cylindre (clé qui coince) | Propriétaire |
Le coût des changements motivés par convenance personnelle est à la charge du locataire. En revanche, le propriétaire doit remplacer une serrure vétuste sans faute du locataire : c’est une obligation liée à la délivrance d’un logement décent.
Les frais de remplacement de serrure après un cambriolage sont à la charge du propriétaire, et l’assurance habitation peut couvrir les frais de changement de serrure après un vol, sous réserve de dépôt de plainte et de déclaration dans les délais contractuels.
Cas typiques de changement de serrure en cours de bail
Chaque cas appelle une réponse différente.
Voici les scénarios les plus fréquents et la marche à suivre pour chacun :
- Emménagement dans un nouveau logement. Vous craignez que d’anciens locataires ou prestataires possèdent un double. Le locataire peut changer la serrure librement, à ses frais. Conservez l’ancien cylindre et informez le bailleur par mail.
- Perte de clés dans la rue. Les frais de changement de serrure sont à la charge du locataire en cas de perte de clés. Faites appel à un serrurier, conservez la facture, et gardez l’ancienne serrure pour la restitution.
- Séparation de couple ou conflit entre colocataires. Le locataire titulaire du bail peut changer la serrure de la porte d’entrée privative. Si le bail est commun, les deux parties doivent être informées pour éviter tout problème juridique.
- Effraction ou tentative de cambriolage. Le locataire peut changer la serrure après un cambriolage, sans autorisation préalable. Un cambriolage justifie un changement de serrure sans autorisation préalable. Déposez une plainte dans les 24 heures, déclarez le sinistre à votre assurance habitation sous 48 heures (ou selon votre contrat), et conservez tous les justificatifs. Les frais de remplacement après un cambriolage sont à la charge du propriétaire.
- Serrure vétuste bloquant la porte d’entrée. Changer une serrure vétuste est un droit du locataire. Envoyez un courrier recommandé au bailleur, accordez un délai raisonnable de quelques jours. Si le propriétaire ne réagit pas et que l’accès au domicile est compromis, faites intervenir un serrurier, conservez la facture et demandez le remboursement. Le propriétaire paie si la serrure est vétuste ou défectueuse.
Procédure pratique pour changer la serrure en tant que locataire
Voici les étapes à suivre, dans l’ordre :
- Évaluez la situation : panne, usure, perte de clés, besoin de sécurité ? Cela détermine qui prend en charge les frais et si un accord est nécessaire.
- Choisissez une serrure compatible avec la porte d’entrée : même dimension de cylindre, même type de fixation. Privilégiez les normes A2P pour la sécurité.
- Prenez des photos avant et après de la porte, de la serrure et du bâti. Ces clichés serviront de preuve de réversibilité en cas de litige en fin de bail.
- Réalisez le changement vous-même (si compétent) ou faites appel à un serrurier professionnel. Demandez une facture détaillée.
- Conservez l’ancienne serrure et toutes les pièces dans un carton identifié (adresse, date, nom) jusqu’à l’état des lieux de sortie. Le locataire doit conserver l’ancienne serrure pour la restitution.
- Informez le bailleur par mail ou courrier daté. Voici un modèle concis :
« Madame, Monsieur, je vous informe que j’ai procédé au remplacement du cylindre de la serrure de la porte d’entrée de mon logement situé au [adresse], par un modèle équivalent, pour motif de [sécurité / perte de clés / usure]. Je conserve l’ancienne serrure et l’ensemble des clés d’origine. Je reste à votre disposition. »
Changement de serrure et fin de bail : points de vigilance
Lors de l’état des lieux de sortie, le propriétaire vérifie la conformité de la porte d’entrée par rapport à l’état des lieux d’entrée : type de serrure, état du bâti, nombre de clés.

Le locataire doit restituer les clés d’origine en fin de bail, même si une nouvelle serrure a été installée. Si le locataire laisse une serrure plus sécurisée, il ne peut pas exiger d’indemnisation sauf accord exprès du propriétaire. À l’inverse, le bailleur peut exiger la remise en état si la modification est jugée non neutre.
À faire avant l’état des lieux :
- Tester chaque clé d’origine dans la serrure (si remontée) pour vérifier le bon fonctionnement.
- S’assurer que la porte ferme et s’ouvre correctement.
- Remonter la serrure initiale si le propriétaire le demande.
- Préparer toutes les clés (anciennes et nouvelles) pour la remise.
- Le non-respect de restitution peut entraîner une retenue sur le dépôt de garantie : anticipez.
Cas particulier : changement de serrure et non-respect du contrat de location
Dans certaines situations, un changement de serrure peut constituer un non-respect du contrat :
- Blindage lourd de la porte sans accord écrit du propriétaire.
- Perçage massif du dormant ou du bâti rendant la remise en état impossible.
- Refus persistant de laisser l’accès au propriétaire pour des travaux légaux votés en copropriété.
Le propriétaire dispose alors de moyens d’action : mise en demeure par lettre recommandée, saisine du juge des contentieux de la protection si l’accès est durablement refusé. De son côté, le locataire ne peut pas se faire justice lui-même en empêchant des visites légales (vente, relocation, travaux d’entretien).
Il faut aussi rappeler qu’un propriétaire qui changerait lui-même la serrure pour empêcher un locataire d’accéder à son logement commettrait une violation de domicile, passible de poursuites au titre du code pénal. Ce type d’action est strictement illégal, quelle que soit la situation locative.
